Si la Bourgogne met fortement en avant le travail et le dévouement des moines Cisterciens dans le développement et la réputation de la Bourgogne viticole, le Mâconnais et le Beaujolais ont plutôt connus l’influence d’une autre abbaye. Celle des bénédictins de Cluny.

Cette influence, moins visible et moins documentée que celle de son abbaye « concurrente » n’en est pas moins essentielle dans l’histoire du vignoble.

Fondée en 909 ou 910 dans la vallée de la Grosne, l’abbaye de Cluny hérite d’un territoire fertile où les cultures céréalières et maraîchères semble plus présente que la vigne. Mais depuis le IIIe siècle, la puissante cité gallo-romaine d’Autun à obtenu le droit de planter et de cultiver la vigne. En 312 déjà Constantin parle du vignoble Bourguignon et son développement. Au VIe siècle Grégoire de Tours parle lui aussi de la grande réputation des vins de Bourgogne. Dans le sud de la région, ce sont déjà probablement les coteaux calcaires faisant face aux Alpes qui recueillent la plus grande partie des vignes.

La jeune abbaye de Cluny, applique la règle de Saint Benoit ; le vin y à une place de choix. D’abord et en plus du vin nécessaire à la messe, elle régit la consommation des moines eux-même. Une consommation avec modération certes, mais une consommation quotidienne.

Ensuite, les moines doivent l’aumône aux nécessiteux et aux voyageurs, servir le pain et le vin à tout ceux qui le demandent. Une quantité importante est nécessaire même si ce ne sont probablement les meilleurs crus qui sont ouvert pour ces occasions. Ceux-là, sont précieusement gardés pour l’abbé et ses hôtes de marques. Cluny gagnant de plus en plus en réputation et influence. Les grands hommes de ce monde se bousculent aux portes de la cité-abbaye.

Toute cette demande exerce une forte pression sur les stocks du cellier des moines. Il faut toujours acheter ou produire plus.

Cluny à besoin de terre. L’an 1000 approche et ça tombe bien. Devant les rumeur d’apocalypse qui parcourent la chrétienté à l’aube de cette nouvelle ère, les seigneurs lèguent des terres aux moines en échange de la promesse du salut de leur âmes.

Des centaines de chartes de dons de terres font mention entre autre, de vigne. Les villages et hameau dont ils proviennent sont évocateurs : Cléssé, Igé, Verzé, Cray, Milly, Quintaine, Pouilly, Fuissé, Vinzelles, Les Thorins, Saint Amour, Prissé, Loché…

Des prieurés vont commencer à pousser un peu partout autour de l’abbaye, lui fournissant, le matériel, la nourriture et le vin dont elle à désespérément besoin.

 

Cluny Péronne

Pierre armoriée à l’ordre de Cluny -Péronne

Les prieuré de Berzé la ville et sa Chapelle aux moines au dessus de la roche vineuse. L’abbaye d’Arpayé de Fleurie en Beaujolais ou encore à Péronne, qui garde un magnifique vestige de la présence de Cluny, en sont des exemples.

 

Sous l’impulsion d’Hugues de Semur, l’influence de Cluny va alors décupler. Un réseau d’influence parcourant l’Europe entière va conférer à l’abbaye un statut à part. Les travaux entrepris dans la maison mère vont faire de l’abbaye, la plus grande du monde de la Chrétienté, la  « Maior Ecclesia ». L’ordre Monastique Clunisien est créé et des Abbayes-filles naissent un peu partout en Europe.

maior ecclesia

l’Abbaye de Cluny à son apogée

Jusqu’à son déclin avec la mort de son abbé Pierre le Vénérable en 1156, l’abbaye aura maintenu une aura immense sur son monde.

L’arrivée d’ordres monastiques plus rigoristes et prônant plus de pauvreté tel que les Franciscains et surtout les Cisterciens, vont rendre Cluny moins populaire. Des querelles internes et des difficultés financières finissent par sceller le sort de l’ordre dans la vallée de la Grosne. Un certain nombre de vigne sont vendu à des seigneurs locaux et le vignoble Mâconnais et nord-Beaujolais est à nouveau morcelé.

Si aujourd’hui, l’influence de Cluny est peu mise en avant lorsque l’on parle de la Bourgogne et du Beaujolais, son rayonnement fut tel que l’on ne peut décemment pas l’évincer de leur histoire. Le manque de trace historique, le peu de patrimoine « bâti » et un ordre monastique désormais disparu dans la région sont peut-être des raisons de cet oubli. Mais l’incroyable épopée de cette abbaye perdue dans la campagne ayant fait de l’ombre au pape lui-même à particulièrement transformé et restructuré le paysage viticole que l’on retrouve aujourd’hui dans le Mâconnais et le Beaujolais.

Sources:

  • Cluny, Le vignoble Invisible – Edward Steeves – Académie de Mâcon
  • Cluny, bourgogneromane.com – http://www.bourgogneromane.com/edifices/cluny.htm
  • sitesclunisiens.org
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