Nous sommes au XIXe siècle et les vignobles du monde entier s’apprêtent à vivre une véritable hécatombe. Le coupable : un minuscule titan.

En 1861, des vignes dans le Gard commencent petit à petit à se dessécher, puis c’est au tour de la vallée du Rhône et du Bordelais, la Bourgogne et le Beaujolais seront aussi rapidement touchés comme tous les vignobles de France et d’Europe.

 

Un minuscule insecte à l’origine

Phylloxéra

dessin du Phylloxéra

On détecte rapidement a présence d’un puceron d’à peine 1mm sur les racines des pieds de vigne.

Il sera nommé Phylloxera Vastatrix, il s’installe dans les racines du cep et les pique pour en absorber la sève ce qui provoque sa mort en moins de 3 ans. Chaque individu est, de plus, capable de produire presque 1000 œufs par saison dont la dernière couvée, munie d’ailes, peut se déplacer pour infester une autre parcelle.

 

 

Une lutte acharnée

Il faut s’en débarrasser, et vite, car en 15 ans la production du vignoble français chute de plus de 70%.

D’innombrables techniques sont mises au point pour éradiquer la bestiole, des plus scientifiques aux plus farfelues. Tous les produits chimiques connus à l’époque vont y passer, mais la bête est coriace. On se tourne vers la religion, on construit des chapelles à la Madone à Fleurie et sur le Mont Brouilly dans le Beaujolais. Rien n’y fait ! L’insecte gagne toujours plus de terrain.

Carte du phylloxéra

Progression du phylloxéra en France entre 1880 et 1905

 

Chimiste vs Américaniste

Paul Thénard, un bourguignon, propose le sulfure de carbone qui donne des résultats. Directement injecté dans le sol, il asphyxie les colonies de pucerons et laisse du répit à la vigne. Mais il faut traiter souvent, tous les ceps et le produit est cher. Les petits domaines ne tiendront donc pas le coup.

 

Une autre voix se fait aussi entendre, les pucerons proviendraient de la côte Est des États-Unis, là même où les vignes européennes n’ont jamais réussi à s’implanter. Là-bas se trouvent des vignes locales qui ne semblent pas être dérangées par la présence de l’insecte. On propose donc de créer des hybrides entre la vigne américaine et européenne. Des milliers de nouveaux cépages voient ainsi le jour. Ces hybrides résistent bien mais le goût des vins sont moyens.

Victor Pulliat

Pour Victor Pulliat, Habitant de Chiroubles en Beaujolais et passionné de vignes, le Chardonnay, Pinot, Syrah, Merlot et bien sûr le Gamay de sa région doivent survivre tel quel ! Il propose donc le greffage des cépages locaux sur des porte-greffes issus de vignes américaines. Le raisin reste celui connu dans nos contrés, le système racinaire, lui, importé des États-Unis, résiste au puceron. Il met même au point un instrument pour que les vignerons puissent réaliser l’opération chez eux.

Victor Pulliat

 

Finalement c’est ensemble qu’il vaincront le phylloxéra. En gagnant du temps avec le sulfure de carbone, les principaux vignobles peuvent petit à petit être replanté. Malheureusement certains, plus petits et moins réputés ne renaîtrons jamais, la main-d’œuvre est partie en ville chercher un travail dans l’industrie ou dans les mines.

Aujourd’hui encore, nos vignobles bien français ont tous des racines américaines car ce petit puceron rode toujours dans les environs.

 

Sources:

Huetz de Lemps Alain. La Vigne américaine au secours de l’Europe. Cahiers d’outre-mer N°179-180 – Juillet-décembre 1992

Carton Yves. La découverte du Phylloxéra en France: un sujet polémique. Les archives parlent. Bulletin de la Société entomologique de France, volume 111, septembre 2006

Beckensteiner Christophe. Du Phylloxera et des moyens de le combattre. Annales de la Société linnéenne de Lyon. tome21. Année 1874

Stéphane Guillard. Lutter contre le phylloxéra en Beaujolais –  http://stephane.guillard.over-blog.com .25 mai 2014

 

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